Les scientifiques de l’Institut métapsychique international, à Paris, étudient la clairvoyance, la télépathie

Et si c’était vrai ? Et si la science dure, qui se gausse du paranormal, se trompait ? Sur le chemin, on s’interroge. Le rendez-vous est fixé au mystérieux Institut métapsychique international (IMI),   à Paris.  cette fondation reconnue d’utilité publique étudie les phénomènes dits « paranormaux » : clairvoyance, télépathie, précognition ou télékinésie. Doit-on rire ?

Trembloter ? « Si la science délaisse ces faits, l’ignorance les prendra », prophétisait Victor Hugo. Prédiction réussie. Le paranormal se carapate en dehors des clous de l’expérience, des lois de la physique et du bon sens. Chez certains sujets, il provoque une pétoche mâtinée de fantômes, d’esprits vengeurs et de guéridons qui tournent tout seuls. Chez d’autres, c’est la défiance. Comment croire à ces horoscopes débiles, à ces médiums errant aux sorties de métro et qui n’ont pas su prévoir que la vie de médium n’était pas une sinécu­re ? Comment se fier aux dons extralucides d’un Paco Rabanne,  annonçant la chute de la station spatiale sur Paris , jour de l’éclipse totale du soleil ? Comment prendre au sérieux tous ces truqueurs roués qui, depuis que l’homme a appris que son voisin peut se montrer un peu truffe, vampirisent crédulité ou mal-être, et nous font croire que si Mars est en cancer, alors, oui, sans aucun doute, nous aurons des problèmes de cœur en août

Mais, bon sang, comment ça marche la télépathie ? Comment l’information passe-t-elle d’un cerveau à un autre ? Elle galope sur le dos des molécules ? Des oiseaux transparents ? Il existe mille théories, la plupart farfelues. Mario Varvoglis lui même, comme Paul-Louis Rabeyron, n’est convaincu par aucune, à part peut-être celle du temps, mais alors là, attention, il faut s’accrocher à son propre cerveau. Sachez-le, ça peut être utile : il n’y a aucune raison que le temps soit unidirectionnel. Eh non. Les dimensions de l’espace vont de part et d’autre de leurs repères. Il devrait en être de même avec le temps. Mais l’expérience nous dit le contraire. Hier est hier, et demain attendra demain avant d’être aujourd’hui. Sauf que, selon certains parapsychologues, il y aurait des ruptures dans le système. Le temps « reculerait » parfois, offrant des failles d’informations. Ce qui expliquerait le phénomène de précognition. Le récepteur de l’expérience du champ de Ganzfeld trouve le bon film, non parce que l’émetteur lui a transmis l’information, mais parce qu’il a « vu » la scène finale où on lui donne le bon résultat. Ahem… On vous avait prévenus. Devant notre air mi-sceptique, mi-raisin, Mario Varvoglis ne cille pas : « La physique n’expliquera pas tout. Il se peut qu’il y ait plus tard des révisions pour intégrer des phénomènes parapsychologiques, les relations entre conscience et matière.

Sur le sujet, la France est plus partagée. Avec son approche cartésienne du monde, elle reste une terre de désolation pour les para sciences, mais une terre de contrastes, puisqu’on y compte un grand nombre de guérisseurs et et diffèrent praticien. Les clients sont légion. Selon une enquête de la Sofres , 54 % des Français croient à la guérison par les magnétiseurs ; 60 % à la transmission de pensée ; un peu plus de 53 % aux rêves prémonitoires. Qui est séduit par le paranormal ? Les jeunes, les femmes, les classes moyennes, les non-pratiquants. Quel point commun entre ces groupes ? Peut-être la difficulté à augurer des lendemains qui chantent, explique certaine  sociologue dans une étude de la Revue française de sociologie.

Et aujourd’hui on étudie le paranormal… en France ! Paul-Louis Rabeyron, pédopsychiatre des hôpitaux, membre du comité directeur de l’IMI et enseignant à l’Université catholique de Lyon depuis quinze ans, épluche méthodiquement les questions que pose le paranormal dans son cours : « Sciences, société et phénomènes dits paranormaux ». Il veut étudier le paranormal avec les outils des sciences humaines et des sciences exactes. S’intéresse à la façon dont notre culture méprise les « compétences » des voyants alors qu’elle s’exalte devant les « performances exotiques d’un chaman amérindien ». Pour lui, il ne s’agit pas tant de croire que d’étudier un phénomène. Il doute, et doute de son propre doute. Mais, dans toutes les cultures, l’histoire fourmille de récits de prémonitions, de drôles de coïncidences. Pour le docteur Rabeyron, tout ne peut pas être inventé ou expliqué. « Nier ces expériences et témoignages multiples, c’est nier ce qui fait l’homme et la vie dans ce qu’ils ont de plus troublant, leur mystère et leur inconstance. La phénoménologie paranormale mérite d’être étudiée. Nous ne sommes pas que des cartes de crédit et des numéros de Sécurité sociale.

voici d’autre expérience expérience. Nous voilà en plein champ de Ganzfeld (champ sensoriel uniforme). Allongé dans un fauteuil paranormalement moelleux. Au-dessus de nous, une lampe diffuse une lumière rouge. Sur chacun de nos yeux, une demi-balle de ping-pong. On a sans doute l’air d’une buse. Sous les demi-balles, on n’y voit que du rouge, mais un beau rouge homogène de veilleuse de cimetière. On s’en tiendra là, mais en cas d’expérience, le cobaye enfile un casque et écoute un bruit blanc, un bruit d’océan. Ensuite il parle automatiquement, « pour faire émerger une partie de nous plus proche des rêves que du conscient ». Pendant ce temps, à distance, un autre sujet, appelé « émetteur », regarde un extrait de film choisi au hasard parmi cent autres. Il le regarde en boucle, longtemps, parfois toute une nuit. Le métier d’émetteur peut se montrer emmerdant. Mais, à l’étage du dessous, le « récepteur » va peut-être « sentir » de quel film il s’agit. Même si c’est un mauvais film. Au matin, on demande au « récepteur » de choisir parmi quatre films. Au hasard, il a 25 % de chances de trouver. « On atteint 32 ou 33 % de taux de réussite, s’enthousiasme le directeur de l’IMI. Ceux qui sont encore sceptiques sont fâchés avec les données. Tout le protocole est contrôlé informatiquement en double ou triple aveugle.